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Jusqu'au 22/01/2022

Solo show @ Galerie Charlot Paris

Artiste présenté

  • + Quayola (representé par la Galerie Charlot)

Dossier de presse & détails

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Pointillisme

Le pointillisme et l'impressionnisme sont nés d'un même désir : saisir la vérité du paysage par le rendu de la lumière. Pourtant, leur modus operandi était très différent. Les impressionnistes peignaient avec des coups de pinceau rapides et impétueux : les tentatives de capturer les changements de lumière faisaient partie d'un processus instinctif et émotionnel. Les pointillistes ont fait le contraire : leur façon de peindre était rationnelle, méthodique, il n'y avait pas de place pour l'instinct et le sentiment. Cela viendrait plus tard. Le peintre pointilliste abordait la réalité avec une attitude scientifique. Il explore les paysages muni de connaissances techniques : les nouvelles théories sur la perception optique qui font leur chemin dans le climat positiviste de la fin du siècle dernier.

La fascination pour le processus de la machine a conduit Quayola à mobiliser les technologies les plus avancées pour explorer de nouvelles esthétiques dans la représentation du paysage. Pointillisme, un nouveau corpus d'œuvres composé d'une vidéo 4K et d'une série d'impressions, déploie le LiDAR, un système de balayage 3D qui cartographie l'environnement au moyen de lasers de haute précision, offrant ainsi la reproduction technique la plus fidèle de la nature. Toutefois, les machines font aussi des erreurs : à mesure qu'il avance dans les bois, le système de numérisation interprète incorrectement certaines zones, renvoyant des données qui sont, pour ainsi dire, erronées. Le paysage final s'avère imparfait, ce qui le rend plus singulier.

Les théories de l'évolution affirment que notre espèce est issue d'un processus fait d'erreurs et d'ajustements. L'imperfection a fait de nous des humains tels que nous sommes : un " résultat bâclé, artisanal et imparfait - mais ça marche " (T. Pievani, " Imperfection. Une histoire naturelle " 2019). La machine procède par tentatives également. Quayola choisit de ne pas rectifier, mais plutôt de conserver les imperfections, comme un signe visible du processus complexe de la machine - de sa façon bien particulière de lire la réalité. Le paysage d'aujourd'hui n'est plus ce que nous observons avec nos yeux, mais plutôt ce qui résulte de la fusion du regard humain et non-humain. L'artiste plonge dans la nature avec la machine, à la recherche d'une image qui corresponde à la manière dont nous percevons la nature aujourd'hui : une vision médiatisée par la technologie - mais toujours humaine, émotionnelle.

Le pointillisme manifeste un haut niveau de précision - un paysage fiable, une copie presque exacte de notre réalité. Quayola est ensuite intervenu sur l'ensemble des données, réduisant la résolution et supprimant le sens de la perspective, afin d'obtenir l'esthétique d'une peinture moderne du XIXe siècle. En convertissant l'image de trois à deux dimensions, il en simplifie la précision tout en s'approchant d'un effet pictural supérieur. Pourtant, l'image finale conserve son essence numérique : dans la simulation, l'esthétique rappelle celle d'un jeu vidéo, dans lequel la réalité est générée à mesure que l'on avance - un monde qui se génère lui-même au fur et à mesure que la vue progresse. Plutôt que de lire le paysage, on a presque l'impression que la machine le crée.

L'exploration de la nature est un processus par lequel l'homme définit sa place dans le monde. Seurat ne voulait pas qu'on l'appelle "pointilliste". Il avait inventé le terme "chromoluminarisme" pour souligner la base scientifique de ses recherches et affirmer sa position non seulement en tant qu'artiste, mais aussi en tant qu'homme moderne utilisant des outils scientifiques pour observer le monde qui l'entoure. En collaborant avec la technologie, Quayola adopte une vision similaire : l'acte de la machine qui pénètre dans le paysage prend une signification qui n'est pas seulement artistique, révélant un discours sur la position de la technologie dans l'équation homme-machine-nature. La machine, qui s'avance dans le paysage et le scanne avec une approche se situant entre la sensibilité anthropique et technologique, semble chercher sa place dans notre réalité, dans l'histoire de notre évolution et, finalement, dans l'histoire de l'art.

La véritable révolution du pointillisme a été de mettre de côté la palette et de placer des couleurs pures sur la toile - en les juxtaposant les unes aux autres...

  • Lucia Longhi

Pointillisme series, #02_05432

de Quayola

Tirage sur papier Baryta, contrecollé sur aluminium, cadre bois
1 + 1EA
120 x 170cm
2021